Les chasseurs sont complètement exaspérés par la montée des périls pour la faune sauvage et, au delà, ses conséquences sur la perturbation des équilibres naturels, causés par le loup. Les mesures mises en place sont inefficaces et le mécontentement grandit « on nous a menés en bateau depuis 15 ans » dit M. Mugnier.

Les éleveurs, eux, semblent désespérés. Ils constatent l'échec de leurs efforts d'adaptation et de leur politique de reconquête des alpages. Ils déplorent amèrement la faillite prévisible de leur profession, déjà avérée pour de nombreux double-actifs, qui ne peut plus s'exercer sur le terrain si particulier de la montagne ouverte au tourisme. Enfin, et surtout, ils ne croient plus aux « parlottes » et veulent des mesures efficaces tout de suite! Sinon, ils craignent, comme les chasseurs, la généralisation d'actions incontrôlées, un pétage de plomb général avec violences.

Pour les régionalistes, Thierry Dupassieux déplore que le pouvoir central parisien accorde si peu d'intérêt aux drames qui déchirent les Pays de Savoie où la conjonction de l'exaspération et du désespoir se sont traduits encore récemment dans les résultats détonants de la consultation du Dauphiné Libéré.

Michèle Rivasi, forte de son expérience du loup dans la Drôme et l'Ardèche, se dit convaincue qu'il faut passer au niveau supérieur, celui de l'Europe. Elle introduit la notion d'écologie humaine, qui n'est pas suffisamment prise en compte, y compris par les écologistes: les éleveurs font partie de la biodiversité du milieu montagnard. L'Union Européenne doit répondre aux menaces qu'ils subissent. Michèle Rivasi s'engage à activer, dès son élection, avec le groupe des Verts au parlement européen, la lourde mais puissante machine législative de l'U.E. afin d'adapter la convention de Berne aux réalités actuelles. Mais cela prendra du temps... et il y a urgence!

En raison de cette urgence, Noël Mamère s'engage à poser, dès ce mois de juin, une question écrite au gouvernement. Il y soulignera le problème de la co-habitation des éleveurs et de la faune sauvage avec le loup., particulièrement aigu dans les départements savoyards. Il préconisera que soit privilégiée la gestion locale, avec une délégation de pouvoir importante à des Comités de gestion formés entre les parties prenantes: éleveurs, chasseurs, associations et administration.

Il reste du chemin à faire, avec Europe Écologie, avant d'arriver au contrat de co-habitation avec le loup qui rendra leur sérénité aux acteurs de la biodiversité montagnarde! Cependant, grâce à leur volonté d'écoute, à leur souci de rigueur et à leur comportement responsable, à leur 'attention permanente aux réalités locales, grâce aussi à Europe Écologie... les protagonistes de cette table ronde devraient sortir gagnants de cette confrontation difficile avec le loup.

Pierre Ottin